Silence, on coule à Bradford !

31 Août

Alors que l’équipe de rugby à XIII de la ville, les Bradford Bulls, brille en Super League ces dernières années, celle de football, Bradford City, est en train de couler doucement mais sûrement. À l’issue de la saison 1998-1999, les Bantams accèdent à la Premier League et se maintiennent miraculeusement en terminant 17ème au classement. Depuis, c’est la dégringolade : les Paraders évoluent désormais en League Two, la quatrième division anglaise. Pas étonnant au vu des déboires du club depuis maintenant dix ans. La chute se poursuit, et il se pourrait qu’ils n’aient pas encore touché le fond…

Valley Parade, l'antre des Bantams

Pour les vainqueurs de la FA Cup en 1911, le plan est simple mais très (trop ?) ambitieux : remonter en Championship (D2) à l’horizon 2016. Actuellement, les Bantams végètent au dernier étage du football professionnel anglais, en D4, depuis maintenant trois saisons, sans jamais vraiment lutter avec les équipes de tête. Et, celle en cours n’a pas vraiment bien commencé : quatre défaites et un nul (avant une victoire le week-end dernier), alors que treize nouveaux joueurs sont arrivés à Bradford cet été. Résultat : le manager du club Peter Jackson a démissionné de son poste jeudi dernier au cours d’une réunion du board, alors que les dirigeants, le président Mark Lawn en tête, souhaitaient « construire » pour faire entrer le club dans une nouvelle ère, afin de renouer avec le succès et les promotions.

Personne donc ne s’attendait à ce départ si brusque et si surprenant de celui qui fût un joueur historique du club (1979-1986 puis 1988-1990), notamment durant l’incendie du stade en 1985, et qui venait de signer un contrat d’un an cet été après avoir occupé le poste en tant qu’intérimaire depuis six mois. Mais, en se renseignant sur l’histoire récente du club du Yorkshire, on se rend compte que les troubles de ces dernières années ne sont pas anecdotiques, mais plutôt liés à des problèmes financiers et de nombreuses erreurs.

Officiellement, cette démission a été accueillie par le board avec stupéfaction, celui-ci ne comprenant pas cette décision, mais maintient avec la plus grande fermeté que celle-ci était uniquement celle de Jackson : « Peter a dit au board qu’en raison du mauvais départ pris en ce début de saison, il a senti que démissionner maintenant pourrait donner au club le plus de chance possible pour le reste de la saison. »

Les joueurs eux-mêmes étaient surpris de cette décision, comme Michael Flynn, au club depuis 2009 : « Personne n’a une idée. En quittant le club, j’ai blagué avec le coach parce qu’il portait une chemise et un pantalon. Je lui ai demandé s’il avait un rendez-vous galant, et il a juste dit, « Non, une réunion du board ». Ce qu’il s’est passé au cours de la réunion du board, je ne le sais pas. »

Mais les rumeurs expliquant son départ se multiplient chez les fans et dans la presse locale. Les dirigeants, comme le confirme Lawn, discutaient d’une « augmentation des budgets afin de faire signer des joueurs expérimentés et les attirer ». Mais il se murmure que le board aurait par exemple refusé de lui accorder l’autorisation de faire signer l’ailier d’Huddersfield Town (D3), Danny Cadamarteri, ancienne promesse d’Everton n’ayant jamais confirmé au plus haut niveau et qui avait été viré de Bradford en 2006 pour avoir manqué un contrôle anti-dopage.

Des bruits courent aussi sur des supposés désaccords entre le désormais ex-manager et le nouveau directeur du recrutement, Archie Christie. Ce dernier est chargé de mettre en place une seconde équipe en parallèle des professionnels, composée de jeunes joueurs capables à tout moment passer à l’étage supérieur si le besoin s’en fait ressentir. Même si officiellement (une fois de plus), tout cela s’est fait avec l’accord de Jackson, il apparaîtrait que le couple ne s’entendait pas à merveille.

Même si tout cela reste à confirmer, il est néanmoins certain que ce n’est pas là que les problèmes du club ont commencé. En effet, économiquement parlant, les premiers déboires s’expliquent déjà par les deux fois où le club a été placé sous administration judiciaire. En 2002, alors que le club évolue en Championship (D2), Bradford est un des 72 clubs touché par la faillite d’ITV Digital et ne touche pas les £5 millions qui lui étaient promis. Le club est alors endetté à hauteur de £13 millions, et doit payer le salaire de son joueur star, Benito Carbone, qui touche un salaire équivalent à £400000 par semaine (en grand gentleman, il ne réclamera pas une grande partie de ses impayés), ainsi que ceux de Dan Petrescu et Stan Collymore. C’est ce qu’à l’époque Richmond, le président, avait appelé les « six semaines de folies » durant lesquelles il avait acquis ces trois joueurs de renom, ce qu’il regrettera par la suite d’un point de vue financier.

Et l’on remet ça en 2004 ! La famille Rhodes et Gordon Gibb, les deux actionnaires principaux, avaient sauvé le club de la faillite début 2003, mais une querelle éclate et Gibb quitte le bateau ivre. Finalement, le club pourra rester en League One (D3), mais à quel prix ? Une relégation l’année précédente… Et une nouvelle en 2007, pour se retrouver en League Two (D4), où le club lutte, et c’est le terme adéquat, encore actuellement.

Car il n’y a pas de secret : un club instable n’atteindra que rarement les objectifs qu’il se fixe. Regardez Abramovitch et sa quête de la Champions League… En treize ans, depuis la nomination de Paul Jewell au poste de manager, dix autres noms ont tenté tant bien que mal de maintenir le navire à flot. Hutchings emmènera le club en Coupe Intertoto, mais ne survivra pas à l’ire de Geoffrey Richmond. Jim Jefferies restera un an après lui, mais ne convaincra pas le difficile ancien président des Bantams, tout comme les résultats et le jeu prôné par son successeur, Nicky Law. Bryan Robson, l’ancienne légende de Manchester United, n’arrêtera pas la chute du club en D3, et le suivant Colin Todd ne parviendra pas à maintenir le club en D3, remplacé par l’intérimaire David Wetherall, lui qui avait maintenu le club en Premier League en tant que joueur par son but contre Liverpool en 2000, qui achèvera la saison débutée avec Todd.  Enfin, ni McCall ni Peter Taylor ne permettront aux Paraders de remonter en D3.

La nouvelle est tombée rapidement après l’annonce du départ de Jackson, c’est Phil Parkinson qui prendra le relaie à la tête de l’équipe, et qui tentera de réussir là où aucun depuis dix ans n’est parvenu à répondre aux attentes des fans et des dirigeants. La valse des managers n’a visiblement pas fonctionné à Valley Parade.

L’arrivée de Mark Lawn en 2007 en tant qu’investisseur comme président a permis à Bradford City de rembourser ses dettes et, depuis quatre ans, il a beaucoup investi dans le club qu’il supporte depuis son enfance. Mais, comme l’on soulignés McCall et Taylor suite à leurs départs, Lawn n’est pas un président avec qui il est facile de travailler. Il incombera à Parkinson, qui sera sur le banc des Citizens dès ce week-end après avoir assisté depuis les tribunes aux deux derniers matchs du club (deux succès : 4-2 contre Barnet puis 0-0, 3-1 aux tirs au but contre Sheffield Wednesday lors du premier tour du Johnstone’s Paint Trophy), de redorer le blason d’une équipe qui a tant souffert ces dernières années. Et le plus vite possible, pour éviter que le chute ne se prolonge davantage. Bonne chance à lui en tout cas…

La capitale, c’est Manchester !

29 Août

13-3. C’est le résultat du match Manchester-Londres de ce dimanche, soit une victoire de City 5-1 à Tottenham et un succès 8-2 de United contre Arsenal. À n’y plus rien comprendre ! Pourtant, si l’on regarde de plus près, on remarque que le rapport de force n’est plus le même : l’épicentre du football anglais s’est désormais déplacé de 250 kilomètres au nord. Pour quelles raisons ? Voici quelques éléments de réponse…

United/City : les frères ennemis

United/City : les frères ennemis

Le déclin des londoniens

Il serait imprudent de tirer des conclusions après seulement trois journées car elles seraient trop hâtives de toute façon. Mais, en comparant les forces en présence par rapport à la même époque l’an passé, trois équipes londoniennes pouvaient prétendre à remporter le titre : Chelsea, Arsenal et Tottenham. Une année plus tard, seul Chelsea semble en mesure de récupérer son titre de 2010. Sur le plan comptable, les Blues ne sont qu’à deux points du duo de tête mancunien, mais au niveau du jeu, ils en sont à des années lumières pour l’instant. Certes, l’équipe est en reconstruction et s’est déjà renforcée, notamment avec l’arrivée de Juan Mata, qui a signalé son arrivée par un but et qui apportera de la créativité à un milieu de terrain lent et peu inspiré ces derniers mois, en attendant peut-être Luka Modric, mais outre ce milieu manquant d’idée, la défense inquiète, en difficulté face à la puissance de Holt et à la justesse technique de Hoolahan, le meneur de jeu des Canaries. Le retard concédé aux deux clubs du Lancashire semble difficile à combler pour cette saison et il faudra laisser du temps à André Villas-Boas pour construire un groupe capable de redevenir un des favoris tant sur le plan national qu’européen, malgré le fait que justement, donner du temps, n’est pas dans les habitudes du propriétaire Roman Abramovitch.

Chelsea reste néanmoins devant ses voisins du nord de Londres, dont la situation semble pour eux désespérée à l’heure actuelle. La première raison à cela est l’absence quasi-complète de renforts durant le mercato. Les claques subies ce week-end en disent long : il va falloir faire en deux jours, avant la fermeture du marché des transferts, ce qui n’a pas été fait en deux mois, c’est-à-dire se renforcer.

Du côté d’Arsenal, ni Nasri ni Fabregas n’ont été remplacés d’où les carences flagrantes dans la création sur la pelouse d’Old Trafford, avec Rosicky et Arshavin transparents, la défense est complètement dépassée sans Vermaelen ni Sagna et le banc manque clairement de profondeur. Les blessures et les suspensions peuvent être une excuse, mais jusqu’à un certain point seulement. Depuis maintenant bien trop longtemps, Arsène Wenger aurait pu acheter un défenseur central, comme Jagielka ou Cahill, plusieurs milieux de terrain et un attaquant. Il aurait pu aussi laisser partir Nasri plus tôt, afin de se laisser plus de temps pour lui trouver un remplaçant. Mais l’Alsacien en a décidé autrement, et par conséquent son équipe partait perdante avant même le coup d’envoi, dès l’annonce des compositions d’équipe. Ce n’est plus un problème d’âge car les équipes avaient une moyenne de 23 ans, mais plutôt d’expérience voire de niveau tout simplement. Comment le jeune Jenkinson peut-il passer de la D6 à Old Trafford en l’espace d’un an seulement ? Comment Armand Traoré peut-il porter le maillot d’Arsenal, si tourmenté par Nani et dont l’attitude après la rencontre était scandaleuse, lui qui, face aux supporters, à la fin du match ne pouvait s’empêcher de rigoler ? Que dire du banc, composé de Miquel, Sunu et Ozyakup pour ne citer qu’eux… C’est simple, il ne sert plus à rien de parler de titre à Arsenal, n’y même envisager une place dans les quatre premiers pour l’instant, car le projet de Wenger est proche de l’échec, sa politique, si tenté qu’il en est une en ce moment, ne prend pas. Il mérite de par ce qu’il a apporté au club d’être celui qui va reconstruire cette équipe en lambeau, mais il doit revoir ses plans rapidement, avant qu’on ne prenne les décisions à sa place. Voilà où en sont les Gunners : plus bas que terre !

Les Spurs n’ont jamais été aussi proche de leurs voisins du nord de la capitale (du pays, pas du football anglais), mais pas pour une lutte au sommet. Comme l’a si bien dit Redknapp à l’issue de la rencontre, la pré-saison du club a été très difficile. L’annulation du premier match contre Everton à cause des émeutes à Londres, les joueurs mis de côté ayant du mal à partir (Jenas, Bentley, Hutton, Palacios, Pavlyuchenko), le meilleur joueur, Modric, qui souhaite lui s’en aller, le manque d’activité sur le marché des transferts, tout cela s’est ressenti dans la performance de Tottenham hier. Le milieu de terrain des Citizens a étouffé celui des Spurs dépourvu de récupérateur, d’où la signature imminente de Scott Parker à ce poste, ce qui a permis à Dzeko de se créer toutes ces occasions de buts et de marquer quatre buts. Éprouvant tant de difficultés à récupérer le cuir et à en faire bon usage par la suite, dû au manque de créativité d’une équipe où Modric n’avait pas la tête au match et où Bale et Lennon ont peu recherché la profondeur, Tottenham est encore convalescent et il est difficile de la voir faire mieux que la saison passée. Il faut garder Modric, lui remettre la tête à l’endroit, et surtout continuer à rafraîchir l’équipe après l’arrivée en prêt d’Adebayor de… Manchester City.

C’est Madchester !

La ville qui a vu naître les frères Gallagher serait-elle désormais l’équivalente de Milan au niveau du football anglais ? L’axe United-Chelsea, qui a glané les sept derniers titres de champions à lui seul, semble être perturbé avec l’émergence de Manchester City. Il n’y avait qu’un seul grand club jusqu’ici à Manchester, ils pourraient être deux si City continue sur sa lancée du mois d’Août et lutte pour les titres en jeu. Les deux premières victoires, contre Swansea et Bolton, étaient brillantes, mais c’est à White Hart Lane que les hommes de Roberto Mancini ont envoyé un signal fort à leurs concurrents, s’affirmant ainsi comme potentiel candidat au titre de champion d’Angleterre avec cette victoire 5-1, même si en face, ce n’était pas le Tottenham d’il y a quelques mois. La saison passée, lors de la même affiche, le manager italien avait garé le bus de l’équipe devant les buts de Joe Hart afin de ramener un point. Hier, les Citizens n’étaient pas reconnaissables : leurs intentions étaient beaucoup plus offensives, et tout indique qu’il en sera ainsi quelque soit l’adversaire en face. La défense est très solide et le duo de récupérateurs Yaya Touré-Barry permet au quatuor magique Silva-Agüero-Nasri-Dzeko de s’exprimer offensivement, sans oublier leurs tâches défensives. Nasri a créé plus de dix occasions au cours de la rencontre pour signaler son arrivée, dont trois passes décisives, et Dzeko est le premier joueur de Manchester City à signer un quadruplé en Premier League. Le banc des remplaçants est lui très fourni : Tevez, Balotelli, Milner, Kolarov, Richards… Carlos qui ? Il est encore trop tôt pour s’enflammer, mais il va falloir compter sur eux cette saison.

Sir Alex Ferguson le sait mieux que quiconque, la menace la plus sérieuse à l’heure actuelle vient des noisy neighbours. Et au vu de la destruction d’Arsenal par ses joueurs, il semble que ces derniers soient prêts à relever le challenge proposé. Le manager écossais construit actuellement ce qui pourrait être une nouvelle grande équipe, composée de jeunes, formés aux clubs (Cleverley, Welbeck, Johny Evans) ou recrutés par ses soins (De Gea, Smalling, Jones), et des cadres (Vidic, Evra, Ferdinand, Rooney, Giggs) qui prennent du grade après les départs en retraite de l’été (Van der Sar, Scholes). Et les premiers signes sont très encourageants : quatre victoires au mois d’Août, seize buts inscrits, soit une moyenne de quatre par match. Impressionnant, non ? Les recrues sont déjà très bien intégrées : Ashley Young par son intégration réussie (en plus de la forme de Nani) font oublier l’absence de Valencia , Jones apparaît déjà comme un leader en devenir du haut de ses 19 ans, à un poste (défenseur central) où l’expérience est primordiale et De Gea semble petit à petit faire taire les critiques en progressant match après match et, soyez en sûr, il gardera la cage des Red Devils pour les prochaines années à venir. Quoi qu’il arrive, l’avenir est radieux à Old Trafford… et à Manchester tout court. Même si la politique n’est pas la même, City achetant des stars et United les formant la plupart du temps, Manchester est actuellement the place to be en Angleterre. Welcome to Manchester !

La descente aux enfers de Brian Little

27 Août

Des destins comme celui de Brian Little, il en existe plein dans le monde du football. Joueur de niveau correct dont la carrière fut arrêtée à 26 ans pour cause de blessure, un one-club player à Aston Villa entre 1970 et 1980, comptant une seule sélection en équipe nationale d’Angleterre (il n’est pas le seul non plus à ce niveau-là…), sa carrière d’entraîneur, pourtant prometteuse, est désormais une cause perdue, sûrement à jamais. Comment cela a-t-il bien pu arriver ? Récit…

C’est par ici le Pôle emploi !

« Les résultats sont la chose la plus importante. Nous devions bien démarrer, mais il semble que nous n’en prenons pas le chemin. J’ai réfléchi à ce propos durant le week-end et j’ai parlé avec Brian. Il n’y a jamais de bon moment pour cela, mais j’ai été patient avec lui. Vous vous donnez toujours une meilleure chance si, quand les choses ne vont pas bien, vous le faites rapidement. » Ces mots ont été prononcés à BBC Lincolnshire par l’homme qui a montré la porte à Brian Little, Peter Swann, le président de… Gainsborough Trinity, club de Blue Square North (D6), après avoir viré son entraîneur à l’issue de la 4ème journée de championnat.

Après une victoire en ouverture et quatre points en deux matchs, Trinity a perdu les deux dernières rencontres, contre Hinckley United et Stalybridge Celtic, tout en concédant huit buts. Trop, c’est trop donc pour les dirigeants du club, qui ont vu Boro terminer 14ème puis lutter pour le maintien lors des deux saisons de l’ère Little (août 2009-août 2011).

Mais comment en est-il venu à entraîner un club de D6 ? Peut-être qu’il ne parle pas à la grande majorité d’entre vous, mais les puristes du football anglais se rappelleront de cet attaqaunt de poche (1,75 mètres) qui disputa 247 matchs pour 60 buts marqués sous le maillot des Villains, un des nombreux avants-centres réputés qu’a vu naître Newcastle. En tant que joueur, il compte plusieurs acquis : vainqueur de la Third Division en 1971-1972, une sélection en équipe nationale, vingt buts, une promotion en First Division et une League Cup, tout ça lors de la saison 1974-1975, et une seconde League Cup deux ans plus tard, où il marque un triplé en demi-finale et un doublé lors du replay de la finale contre Everton à Old Trafford.

Souvent associé en attaque avec Andy Gray (l’ex-gourou de Sky Sports viré il y a peu), formant un duo prolifique, il fait partie des douze premiers membres du Hall of Fame d’Aston Villa, malgré qu’il ait arrêté sa carrière à 26 ans pour une blessure au genou. Une carrière plus qu’honorable, de quoi lui donner un crédit important à l’orée d’une reconversion comme manager.

N’ayant joué que sous les couleurs du club de Birmingham, vous l’aurez deviné, il ne pouvait entraîner qu’une seule équipe : Aston Villa. Il fit d’abord ses classes à Wolverhampton Wanderers (1986), le club de la banlieue de la ville, et à Darlington (1989-1991) qu’il fit remonter en D4. Puis, il grimpa de deux divisions et transforma en trois ans Leicester City de potentiel reléguable à promu en Premier League (1991-1994).

Sa côte n’en finit plus de grimper, et c’est tout naturellement que Doug Ellis, l’ancien président controversé des Villains, décida de l’engager sans plus attendre en 1994. L’offre d’un retour aux sources, sur le banc de son club de cœur, ne pouvait bien évidemment pas se refuser. Il reprit en main une équipe vieillissante, qui venait certes de finir deuxième en 1992-1993 mais qui avait péniblement commencé la saison suivante, en engageant une refonte de l’effectif tout en le rajeunissant. Des nouveaux joueurs comme Savo Milosevic, le local hero Ian Taylor et le futur buteur de Manchester United seront les fers de lance de l’équipe qui gagnera la League Cup contre Leeds (3-0) en 1996, la troisième de Little après deux en tant que joueur, et qui finira 4ème en Premier League.

Mais cette saison 1995-1996 restera comme celle du pic de la carrière d’entraîneur de Brian Little. Une longue et lente descente aux enfers commence pour le Geordie. Après une cinquième place en 1996-1997, il démissionnera en février 1998 à la suite d’une première partie de saison en demi-teinte.

S’ensuivent alors plusieurs courts passages dans des clubs de D3 : Stoke City (1998-1999) qu’il ne parviendra pas à faire monter en Championship, de même pour West Bromwich Albion (1999-2000) et pour Hull City (2000-02), qu’il conduira jusqu’au play-off la première saison, mais après avoir dépensé £1 million en transferts à l’été 2001, il sera limogé à la mi-saison, laissant les Tigers à une 6ème place en deçà des expectations.

Sa carrière de manager semble prendre un nouvel élan à Tranmere Rovers, qu’il sauva d’abord de la relégation (2004) puis emmena en play-off et en quart de finale de la FA Cup (2005). Mais la troisième saison fut elle bien plus pénible et, évitant la relégation en D4 de peu, il quitta les Rovers d’un commun accord en 2006.

Lui par contre redescend d’une division en acceptant le poste d’entraîneur de club gallois de Wrexham, mais il ne parviendra ni à le maintenir en D4 à l’issue de la saison 2006-2007 ni à bien débuter le championnat suivant en D5, ce qui conduisit à son licenciement fin septembre 2008. La suite, vous la connaissez…

Alors pourquoi de tels mauvais résultats après des débuts si prometteurs ? Lui qui redora le blason de Leicester City, emmenant les Foxes en Premier League et qui imposa son style à une équipe d’Aston Villa séduisante et attractive, produisant un football offensif et vainqueur de la League Cup 1996, dernier trophée glané par les Villains à ce jour.

Peut-être bien que Brain Little a un destin à la Freddy Adu : beaucoup de promesses, mais avec le temps, de l’eau à coulé sous les ponts et il n’a pas réussi à confirmer les espérances placées en lui. C’est le déclin puis l’oubli. Il y a donc très peu de chance qu’il retrouve désormais une place au soleil sur le banc d’un club professionnel du Royaume, tout du moins en tant que manager, car sa réputation en a pris un sacré coup après ses multiples échecs. Et c’est la dure vie du métier d’entraîneur.

Plus de peur que de mal pour Arsenal… Et plus de répit pour Arsène

25 Août

« Ouf ! » a dû se dire Arsène Wenger à l’issue de cette rencontre cruciale face à l’Udinese, remportée 2-1 (3-1 score cumulé) par Arsenal. Les doutes présents à la mi-temps suite à l’ouverture du score de Di Natale ont vite été effacés en seconde période avec une réponse attendue d’un grand club, d’une équipe digne de porter le maillot des Gunners. Tancé par les médias et même par un nombre grandissant de supporters, le Basil Fawlty français s’est offert un peu de répit suite à cette victoire méritée. Et c’est déjà ça…

I've got 99 problems, but Udinese ain't one

Le sourire qui orne les lèvres du manager alsacien, visible sur la photographie ci-dessus, en dit long sur l’importance de ce succès en terre italienne, qui accorde au club sa place en phase de groupes de la compétition pour la quatorzième fois d’affilée. It’s Italian job done for Arsenal, pourront titrer les tabloïds anglais du jour. Et cette joie, Arsène ne l’a pas volée ; elle est même méritée.

Ce fut sûrement une des semaines les plus difficiles à vivre en tant que coach des Gunners pour lui. « Cela fait partie du métier d’entraîneur », disait-il à l’issue de la rencontre au micro de Canal+. Mais après avoir subi les lourdes critiques de la presse, certes justifiées la plupart du temps mais dures quand même, le mécontentement des fans qui l’implorent de plus en plus fort de dépenser un peu d’argent (seulement 350 hier en Italie, alors que les grands clubs anglais attirent souvent plus de 3000 supporters, ce qui en dit long sur la confiance des fans), les départs de Fabregas et Nasri et les blessures en pagaille, c’était le soulagement, le sentiment du devoir accompli qui étaient de rigueur au coup de sifflet final.

Car Arsenal a répondu présent au moment opportun, au moment où tout le monde les voyait tomber plus bas que terre, un peu comme une grande équipe que l’opinion générale avait enterré un peu trop rapidement. La pression d’un match à £20 millions, les Gunners ont montré qu’ils savaient la gérer en vieux routiers du continent européen qu’ils sont et qu’ils restent jusqu’à preuve du contraire.

Le club du Frioul, qui méritait mieux qu’une défaite par le plus petit des scores à l’Emirates Stadium lors du match aller, a bien débuté la rencontre après quelques sueurs froides dans les deux premières minutes. Le milieu d’Arsenal (Song-Ramsey-Frimpong) est dépassé par celui de l’Udinese, et la défense centrale Vermaelen-Djourou, trop laxiste au niveau du marquage, peine à contenir les mouvements des joueurs offensifs adverses. En effet, tout ce que touche Di Natale se transforme en danger pour les londoniens, et c’est sans surprise que le napolitain ouvre le score et remet de façon logique sur 135 minutes les deux équipes à égalité.

Mais Arsenal n’a pas paniqué et, alors qu’on pensait que Wenger et sa troupe allaient prendre l’eau, a réagi de la plus belle des façons. C’est simple, toute l’équipe a répondu présente en seconde période. L’impressionnant Gervinho aux dribbles dévastateurs, après un débordement dans la surface de réparation, servit son capitaine Van Persie pour l’égalisation. Et c’est Walcott parti de la gauche, sur un des éclairs de génie dont lui seul en a le secret dans cette équipe, après une course vers l’intérieur ajuste Handanovic pour sceller la victoire la plus importante des Gunners sur l’année 2011.

Ce succès, Arsenal le doit aussi au calme, à l’assurance de Sagna, toujours bien placé défensivement et participatif offensivement, ne rechignant pas à changer de côté pour occuper le flanc gauche de la défense. Il permet ainsi au jeune Jenkinson, qui jouait en D6 il y a un an, d’occuper le flanc droit et, sans faire de folies, prometteur tant offensivement que défensivement, parvient à faire oublier Clichy, parti à Manchester City, et Gibbs, blessé. Derrière eux, Szczesny a une nouvelle fois prouvé qu’Arsenal n’avait pas besoin d’un nouveau gardien, réalisant un arrêt de grande classe sur un pénalty de Di Natale.

Au milieu, Frimpong donne une dimension physique et une percussion lui permettant d’éliminer facilement son vis-à-vis, alternant avec Song montées et replis défensifs. Suite aux départs des deux milieux créateurs, Wenger a confié les clés du jeu au jeune Gallois Ramsey, qui s’il doit progresser défensivement et dans la distribution du jeu, donne des signes très encourageants. Et n’oublions pas Rosicky qui, rentré à la mi-temps en lieu et place de Frimpong, a assurément livré une des plus belles mi-temps sous le maillot d’Arsenal depuis fort longtemps.

Les attaquants, eux, ont fait le boulot, au moment où l’attaque d’Arsenal était en panne depuis plusieurs rencontres. Et ils ont permi à l’avenir du club et d’Arsène Le Professeur de s’éclaircir. Il reste sept jours exactement à l’Alsacien pour recruter.

Cette victoire est donc triplement importante : à la fois pour les finances du club qui enregistrent une rentrée d’argent de £20 millions, pour la confiance du groupe à l’approche de nouveaux défis, ainsi que pour l’attractivité du club sur le marché des transferts avec la place en Champions League acquise. Cahill, Jagielka, Samba, Parker, Martin, M’Vila, Hazard… Voilà des noms qui pourraient venir renforcer l’effectif d’Arsenal dans les jours à venir… Si Wenger se décide enfin à sortir le chéquier.

Il n’a jamais eu autant d’arguments pour le faire qu’à cette heure-ci : les réserves de cash, les nuits européennes garanties, la pression des fans et du board, la situation au classement en Premier League, les départs et les blessures. Le futur à moyen terme des Gunners passe par cette dernière semaine du mercato estival. Pour le meilleur et pour le pire…

Old Trafford se profile à l’horizon et même si une défaite annoncée ne serait pas un drame, cela ne serait d’aucune aide après un retour au calme inespéré et toujours instable. Arsène knows, est-ce toujours le cas ? Pas si sûr, mais cette semaine cruciale qui se poursuit en dira plus sur les ambitions réelles des londoniens. Pour l’instant, il faut savourer l’instant présent, aussi long puisse-t-il être, car ils se font rares ces derniers temps, les bons moments. En tout cas, Arsène et ses Gunners sont toujours sains et saufs, pour le moment. Et c’est déjà pas mal…

Marre de cette crapule, mais ce n’est pas tout

15 Août

On disait qu’il avait définitivement changé : finis donc les visites chez le juge et les voyages en prison. Oui, Joey Barton semble s’être calmé en dehors des terrains (pour l’instant), mais il continue de faire parler de lui en mal sur les pelouses du Royaume. Dernier épisode en date : samedi dernier lors de la réception d’Arsenal à St James Park. Pour la énième fois, il a encore perdu la tête. Comme l’a dit si bien Arsène Wenger, quand arrêtera-t-il son « cirque » ? En tout cas, ce match soulève de nombreuses interrogations, tout le monde y passe, et pas que l’affreux Joey Barton : il y a aussi l’attitude des joueurs d’Arsenal, l’arbitrage de Peter Walton, la situation des Gunners. Décryptage…

Inutile de rappeler le passif du bonhomme, qui peut encore s’estimer heureux d’avoir un club à ce jour, qui d’ailleurs ne veut plus de lui et par conséquent ne renouvellera pas son contrat. Et au vu des évènements de ce week-end, on ne peut pas vraiment donner tort à Newcastle. Certes, Barton a des qualités de footballeur honorables et parfois sous-estimées, il sait faire preuve d’intelligence (à moi aussi ça m’est déjà arrivé), mais son attitude est inacceptable.

En premier lieu, il n’a pas à arbitrer à la place de l’arbitre. Si ce dernier n’a pas vu de simulation, il n’a pas à agresser sauvagement son adversaire comme ce fut le cas avec Gervinho. Il ne devait pas se mêler de cela. Le plus embarrassant pour lui dans l’histoire, c’est qu’il tient un double discours : il reproche violemment à Gervinho de simuler une faute afin d’obtenir un penalty, et quelques secondes après, lui-même qui s’insurge contre les simulations nous délecte d’une scène digne de la Commedia dell’Arte, tombant au sol après une légère claque sur la joue de la part de l’Ivoirien et restant à terre. Il a lui-même admis par la suite être tombé au sol trop facilement et plaide donc coupable auprès des instances.

Lui qui se veut moralisateur a donc perdu toute crédibilité, il n’est au contraire rien d’autre qu’un vil provocateur, un fourbe et un tricheur. Oui, il faut de tout dans le football : des virtuoses et des destructeurs, des anges et des démons comme lui, et tant mieux que cela soit le cas. Mais, hormis à Newcastle où il est à juste titre un héros dans le cœur des supporters, les neutres ne peuvent s’empêcher d’éprouver du dégoût à son égard.

 

Un arbitrage qui fait débat

Mais passons sur Barton, qui mériterait dorénavant d’être ignoré définitivement. Si tout cela a pu se produire, c’est aussi à cause d’un arbitrage assez catastrophique. Je n’aime pas vraiment critiquer les arbitres, mais comme c’est de coutume pour les joueurs, il est légitime d’évaluer leurs performances, étant des acteurs à part entière d’un match. Dans l’ordre des faits, Alex Song aurait déjà dû être exclu avant l’incident qui fait débat, que le corps arbitral n’a pas remarqué : le Camerounais a marché délibérément sur le mollet de… Barton (tiens, encore lui !), alors que l’Anglais était à terre. Si je reste opposé à l’utilisation de la vidéo durant un match de football, il est évident que la FA doit intervenir a posteriori et suspendre Song, car les arbitres ne peuvent pas tout voir sur la pelouse.

Concernant l’autre incident, contrairement à ce que pense Barton, il n’y a  aucune simulation de la part de Gervinho. Y a t il penalty ? Difficile de se prononcer au vu des images, et cela n’aurait aucun sens de mener un débat là-dessus. Par contre, au lieu de recevoir un simple carton jaune, Barton aurait lui aussi mérité d’être exclu, si l’on part du principe que Gervinho doit l’être lui aussi, pour ainsi ne pas faire de jaloux. L’arbitre n’a pas vu l’incident, tournant le dos à ce qui se passait derrière lui. Mais là encore, comme pour Song, la FA doit se pencher sur le cas de Barton et le suspendre. Pour résumer, la gestion du match de l’arbitre a été très approximative, Peter Walton et ses assistants, comme Phil Dowd la saison passée dans la même affiche, ont eu du mal à maîtriser les joueurs des deux équipes, et c’est bien dommage.

 

L’inquiétude pour Arsenal en partie éclipsée

Il en ressort que tous ces débats passagers ont permis de voiler les interrogations plus profondes concernant Arsenal. Au niveau du jeu, la domination des Gunners fut trop stérile pour inquiéter les Magpies, manquant de créativité dans les derniers mètres. Sans meneur pour éclairer son jeu, avec les départs de Fabregas et Nasri, Arsenal peine à déstabiliser une défense bien organisée. Wilshere blessé, les joueurs créatifs restants fonctionnant sur courant alternatif, Arsenal se doit de recruter pour renforcer un effectif désormais limité comme le réclame les fans, ce qu’il aurait dû faire bien avant pour s’éviter un début de saison poussif. Wenger ne doit pas avoir peur de mettre la main au porte-monnaie pour recruter un défenseur central et un ou deux milieux de terrain, des joueurs confirmés cette fois-ci, comme Cahill, Jagielka ou Mata.

Le temps presse car le mois d’Août s’annonce crucial. D’abord, Arsenal doit passer l’Udinese qui certes a perdu des joueurs cadres (Zapata, Inler et Sanchez), mais reste une équipe dangereuse, emmené par son buteur Di Natale, meilleur buteur des deux dernières saisons en Italie. Et puis il y a Liverpool et Manchester United en Premier League lors des deux prochaines journées, et la perspective d’être déjà distancé au classement en cas d’autres mauvaises opérations comptables. Surtout quand on jette un coup d’œil à la liste des absents : Nasri et Fabregas partis (ou presque pour le Français), Wilshere blessé, Gervinho voire Song suspendus, tout comme Van Persie en Champions League.

Le doute s’installe chez les Gunners, et les faits de match de ce week-end impliquant la crapule Joey Barton et l’arbitrage contestable de Peter Walton ne doivent pas nous empêcher de s’alarmer sur la situation actuelle d’Arsenal. Peut-être que le pire est à venir finalement si rien n’est fait…

 

 

Une pré-saison agitée à Newcastle

24 Juil

Dans la série des clubs en mode « soupe à la grimace », après Blackburn et Everton, place au troisième et ultime volet (jusqu’à nouvel ordre) : Newcastle United. Comme dans les deux épisodes précédents, on retrouve dans le désordre : pas ou peu d’argent à disposition, des fans révoltés, des dirigeants décriés. Plus encore ici qu’ailleurs, c’est devenu une habitude dans le nord-est du royaume de Sa Majesté. Entre envahissement de terrain, abus d’un dirigeant, désaccords perpétuels entre les fans et le board sur la politique globale du club et interdictions de partir en tournée d’été, bienvenue dans le monde fantaisiste des Magpies.

Pour mieux comprendre ce qui se passe à Newcastle depuis plusieurs années maintenant, quoi de mieux que de s’arrêter sur Mike Ashley, le propriétaire du club. D’après les fans, et difficile de les contredire, c’est lui qui est à l’origine de tous les maux du club. Fondateur des magasins de sport Sports Direct, le businessman londonien a acheté le club en juillet 2007 pour £135 millions. Les débuts furent prometteurs : un milliardaire qui assiste aux matchs avec les fans, vêtu de la tunique du club, et qui va boire quelques bières avec eux à la buvette et dans les bars, ça ne court pas les rues (demandez aux fans de Chelsea ou de Manchester United). Sa décision à l’époque de nommer Chris Mort comme président reste à ce jour la dernière bonne décision qu’il a prise depuis sa prise de contrôle du club. Ce dernier fut en effet très populaire auprès des supporters, discutant souvent avec eux et tenant compte de leurs opinions, tout cela en créant la Newcastle United Foundation afin de se rapprocher de la communauté locale. Le zénith de sa popularité correspond au moment où il rappela le favori du public, le « King » Kevin Keegan, pour un second règne, en remplacement de l’impopulaire Sam Allardyce.

Mais la lune de miel fut de courte durée. Dès le départ de Mort en juin 2008, tout est allé de mal en pis. Rapellons nous un peu de ses erreurs : Keegan quitte le club (septembre 2008) suite aux nominations de Llambias en remplacement de Mort comme directeur général et de Dennis Wise comme directeur du football pour se charger du recrutement (lui et Ashley formaient la « Cockney Mafia », surnom donné par les fans), l’échec de la revente du club puis un retour sur cette décision de vendre, la volonté de renommer St James’ Park (sportsdirect.com @ St James’ Park Stadium, ça en jette non ?), plus la mauvaise gestion des managers (les nominations de Joe Kinnear et d’Alan Shearer, le traitement scandaleux de Hughton).

Une chose que l’on ne peut pas reprocher à ce cher Ashley, en tout cas dans l’idée, c’est sa prudence financière. Après l’époque de Freddy Shepherd et les millions dépensés sur les stars telles qu’Owen, Marcelino, Luque, Boumsong, le nouveau propriétaire des Magpies essaye de remettre en ordre la maison au niveau financier, en rééquilibrant les comptes du club. Finies donc les dépenses incontrôlées et cela n’en sera que bénéfique pour Newcastle sur le long terme.

Par contre, ici autant qu’ailleurs, les supporters n’aiment pas les promesses non tenues. Lors du dernier jour du mercato d’hiver, l’avant-centre des Magpies, Andy Carroll, ce jeune si prometteur originaire de la région, était vendu à Liverpool pour £35 millions. À la suite de ce transfert pas vraiment au goût des fans, le club avait tenté d’éteindre l’incendie en déclarant que tout cet argent serait réinvesti cet été : « Nous allons dépenser durant l’été. Chaque penny des £35 millions restera au sein du club », avait dit Derek Llambias, ajoutant : « Mike Ashley ne soutirera du club aucun penny de cette somme. » Pardew aussi se voulait rassurant à l’époque : « Mike Ashley a été clair avec moi que cet argent sera réinvesti dans l’équipe et je n’ai aucun doute que cela sera le cas. »

Mais pour l’instant, avec les arrivées gratuites de Abeid, Ba et Marveaux, plus celles de Cabaye pour £4.3m, compensées par le départ de Nolan à West Ham pour £3m, Newcastle a investi à peine plus de £1 million. Les fans donc, au vu du manque de dépenses, font savoir leur mécontentement, en témoignent les évènements de la semaine passée à Darlington. Alors que Newcastle y disputait un match amical, une partie des 6000 Geordies ont envahi le terrain suite à un but des Magpies. Cela faisait suite à l’abus des supporters sur Llambias aux abords du stade avant la rencontre (on oublie pas non plus les trois joueurs qui n’ont pas obtenu leur visa pour la tournée aux Etats-Unis et qui sont actuellement avec la réserve : Barton et Ranger pour des questions de justice et Cabaye pour quelques détails administratifs).

Soit, les supporters sont déçus, les plus naïfs ont peut-être cru que Newcastle allait avoir une équipe beaucoup plus compétitive la saison prochaine (même si le mercato n’est pas encore fini), mais peut-être aussi que le club souhaite dépenser cet argent de façon différente, comme en offrant de plus gros contrats à certains joueurs. Ce fut le cas notamment pour Cheick Tiote, qui a renouvelé son contrat avec une hausse salariale significative qui le lie à Newcastle jusqu’en 2017.

Les fans tirent de ce fait la sonnette d’alarme à juste titre, même si leurs méthodes restent évidemment controversées. Ils veulent voir plus de nouveaux joueurs arrivés dans le nord-est pour renforcer significativement l’équipe, voulant retrouver une grande équipe à St James’ Park. Pardew souhaite s’attacher les services d’un attaquant (Erding) et d’un latéral. Le dernier trophée du club remonte à 1969, une éternité pour un club aussi populaire, qui n’est désormais plus qu’un club vendeur.

C’est ce qu’on peut craindre en effet, que ces prolongations de contrats ne servent qu’à revendre les joueurs à un prix plus élevé. En vendant Carroll à un prix exorbitant et en souhaitant se séparer des cadres trentenaires n’ayant aucun potentiel de revente à l’avenir (Nolan est déjà parti, Barton ne se verra pas proposer de nouveau contrat), Ashley veut recruter des jeunes joueurs, repérés par Graham Carr qui dirige le recrutement du club, en espérant que leur valeur augmente pour pouvoir les revendre plus tard à un prix élevé.

Cette stratégie est risquée. Si le recrutement est réussi, Newcastle peut espérer remporter un trophée en conservant ses meilleurs joueurs ensemble pendant une ou deux années avant de les vendre par la suite. À l’inverse, dans le cas où les recrues ne seraient pas au niveau attendu, il sera difficile de réaliser une plus-value si un acheteur se présentait par la suite et le club s’installera définitivement dans le ventre mou du classement, en vivant dans la peur d’une nouvelle relégation.

Ce manque d’ambition flagrant ne plaît pas aux fans, et ils ont raison. Le temps est à l’austérité, mais quand on parle d’un club qui joue devant 52000 personnes à chaque rencontre à domicile et qui a connu au milieu des années 1990 l’époque des Entertainers, avec les Shearer, Ferdinand, Ginola, Beardsley, Asprilla et Cole, les fans méritent mieux que ça. Mais avec Ashley, rien ne changera, Newcastle ne pourra pas viser mieux qu’une place dans les dix premiers. Il va falloir être patient et prier car peut-être, un jour viendra, un grand Newcastle renaîtra.

À Blackburn, on en rit encore des poulets de chez Venky’s

21 Juil

La vente du club en novembre 2010 par Jack Walker à la famille Rao, des milliardaires indiens propriétaires de Venky’s, une entreprise spécialisée dans le poulet, avait fait les unes de la presse sportive pendant plusieurs jours. Les ambitions affichées étaient importantes à l’époque, avec en vue un retour des Rovers en Coupe d’Europe. Huit mois plus tard, même si les objectifs sont encore les mêmes, Blackburn est dans une situation très inquiétante et la crédibilité des récents acquéreurs est au plus bas. Analyse…

Tout le monde pensait (à tort) que la famille Rao en avait fini avec les sorties médiatiques incontrôlées et pour le moins hilarantes. Petit rappel pour commencer des erreurs déjà commises… Après avoir remplacé Sam Allardyce par l’inexpérimenté Steve Kean (« Allardyce est un homme charmant mais on veut quelqu’un de meilleur, il nous faut un homme plus jeune et plus énergique », avait dit Venkatesh, l’un des deux frères Rao), la femme à la tête de Venky’s, Anuradha Desai, avait déclaré au sujet du possible futur entraîneur des Rovers pour la saison 2011/2012 : « Nous pensions à Maradona comme manager après l’achat du club. Des discussions ont déjà eu lieu, mais il n’y a rien de concret pour l’instant à ce sujet. ». Toujours aussi croustillant, la volonté de recruter Beckham et Ronaldinho. Voilà ce qu’elle déclarait au sujet du brésilien : « Il est intéressé par l’idée de venir jouer en Premier League et je pense que cela nous correspond. » Elle ajoute même : « Pour être précis, il recevra €7,6m la première année et environ €8,5m la seconde et la troisième année. ». Inutile de vous dire que les fans de Blackburn les attendent toujours à Ewood Park…

Pour couronner le tout, elle qui n’avait « jamais vu de match » de sa vie affirmait viser une place dans les cinq premiers la saison passée, rien que ça ! Et alors qu’on pensait que la famille Rao en avait fini avec ses erreurs passées, détrompez-vous ! Depuis qu’ils ont déclaré que le club aurait £30 millions pour se renforcer afin de se qualifier pour une compétition européenne, il semble que finalement Steve Kean n’aura jamais une telle somme à disposition. Pourquoi alors tenir un discours aussi ambitieux dans les médias et en privé si rien ne se passe au final ?

Après tout, peut-être que cette tactique de la désinformation, menée habillement par Desai, ne serait qu’un écran de fumée pour rassurer les supporters de plus en plus inquiets suite au limogeage de Big Sam. Peut-être que Venky’s veut dissimuler la vérité sur tout ce qui se trame en coulisse, avec la présence de l’agence Kentaro, spécialisée dans le marketing, la production TV, les droits médiatiques dans le sport et le football management. C’est justement Kentaro, en partenariat avec la société SEM de l’agent de joueurs Jerome Anderson, qui semble décider qui recruter, donc en priorité des joueurs liés à la société, et prendrait les décisions importantes concernant le club.

Concernant tous ces arrangements obscurs, des questions demeurent : la famille Rao serait-elle à Blackburn seulement pour faire de la publicité pour son entreprise Venky’s ? Le club ne serait-il pas en réalité dirigé par l’agence Kentaro basée en Suisse ? Si tout cela s’avère être juste, pourquoi alors les nouveaux propriétaires indiens ont-ils passé avec succès le « fit and proper test person » de la Premier League, qui établit si oui ou non une personne peut acheter un club ? Mais au final, personne ne connaît avec exactitude le fonctionnement réel du club en coulisse.

Une chose que l’on sait en revanche, c’est que cet été a très mal commencé pour les Rovers. Steve Kean pensait que le premier payement des £16,5 millions de la vente de Phil Jones à Manchester United allait venir renflouer le budget initial alloué au recrutement (£30 millions). Il n’en serait rien, le manager écossais ne devrait pas disposer de la totalité de cette somme, mais plutôt d’une fraction seulement. La raison évoquée : les banques veulent que les propriétaires remboursent dans les plus brefs délais la dette contractée à l’achat du club, soit £18 millions. Pour l’instant, les Rovers ont déjà perdu Jermaine Jones, Roque Santa Cruz et Mame Biram Diouf, alors qu’ils n’ont recruté que l’inexpérimenté et gratuit Myles Anderson. Ils souhaiteraient aussi ajouter à cette liste de départs les indésirables Nikola Kalinic (proche de Dnipropetrovsk pour environ £4 millions) et El-Hadji Diouf, mais celui-ci, de retour hier à l’entraînement, pourrait écoper d’une amende de £3 millions pour un retard de deux semaines, durant lesquelles il était injoignable.

Et les déboires des Rovers ne s’arrêtent pas là. Avant d’aller disputer un trophée de pré-saison en Asie, Blackburn prévoyait de faire un détour en Inde pour y jouer un match amical à Pune et y rencontrer la famille Rao. Cependant, la rencontre qu’ils devaient y disputer a été annulée après les attentats terroristes à Mumbai, ville située à 200 kilomètres de Pune, et l’on a appris que ce serait en fait les joueurs qui auraient refusé de se déplacer en Inde : un nouveau coup dur pour les propriétaires indiens, que l’on sait furieux suite à cette décision. En coulisse, les nouvelles ne sont pas non plus réjouissantes. Kentaro ne trouve toujours pas un nouveau sponsor pour le club, la famille Rao se dispute avec des agents alors que d’autres tentent de revendre des joueurs du club.

Kean souhaiterait recruter Hugo Pavone, un joueur argentin libre, ainsi que le monégasque Cédric Mogongu, et aussi prolonger le contrat de Benjani. Mais de ces trois joueurs qui paraissent pourtant simples à faire signer compte tenu des moyens annoncés, aucun n’est pour l’instant proche d’Ewood Park. En effet, le transfert gratuit de Pavone a été bloqué à cause du manque de liquidités (alors qu’il avait passé la visite médicale et qu’il était enthousiaste à l’idée de rejoindre le club), Mogongu ne parvient pas à obtenir un permis de travail et un passeport français et Benjani, qui souhaite rester, ne peut recevoir une prolongation d’un an de son contrat.

Blackburn n’est pas le seul club à être en difficulté pour recruter de nouveaux joueurs, et Kean demande aux supporters à juste titre inquiets de rester calme, déclarant que « deux offres ont été transmises et nous verrons si elles sont acceptées ». Mais l’écossais ne pourra pas faire des miracles s’il n’a assez d’argent pour renforcer un club qui pourrait perdre son meilleur joueur, Chris Samba (Arsenal est intéressé), qui a un staff médical trop réduit et qui n’a toujours ni président ni directeur général depuis les départs des anciens dirigeants. Il est dans l’obligation de se déplacer lui-même régulièrement en Inde pour rencontrer les propriétaires, un comble ! Le poids qui pèse sur ses épaules est trop lourd à porter pour un seul homme qui ne pourra être tenu pour responsable si la saison démarre mal pour les Rovers : il lui faut du soutien, et vite !

Le silence de Desai et de ses deux frères n’arrange pas les choses : les questions sans réponses ainsi que la frustration et la confusion demeurent. Pas rassurant pour un club qui s’est maintenu lors de la dernière journée de la saison précédente. Les supporters méritent d’en savoir plus et un peu d’action après les promesses accumulées. Pour l’instant, le club, tout désordonné qu’il est, n’est rien d’autre qu’un cirque, alors que les fans méritent beaucoup mieux que ça, et rapidement car le temps presse. La famille Rao a récemment demandé dans un communiqué aux fans de rester calmes. Aucune raison de s’alarmer alors ? Pas vraiment en fait. Time will tell.